LES BÂILLONS DE LA BIENSEANCE - Portraits d'une basse-cour.
Les photographies des Bâillons de la bienséance associent différentes techniques qui conduisent à lobtention de tirages photographiques, sans toutefois utiliser un appareil photo. Ce travail sur le temps et les dogmes occidentaux témoigne de ma volonté de questionner lhistoire de la photographie. Lutilisation de négatifs en verre du début du XXe siècle sest imposée comme le moyen de synthétiser acte pictural et image photographique. Mon action seffectue à même le négatif, qui traverse différents états avant lobtention de limage définitive.
Mon choix sest toujours porté sur les portraits, qui traduisent de manière fort éloquente la volonté de la photographie de rivaliser avec la peinture. Les modèles sont donc des bourgeois de toutes sortes, singeant les tableaux des musées dans les moments cruciaux de leur vie. Gravant mon empreinte au cur de limage proposée, je la rature et lattaque, confrontant le modèle à des éléments qui évoquent cicatrices et passage du temps en cherchant à dénoncer lhypocrisie du genre du Portrait.
Mes interventions sur limage font ressortir lindividu et sa propension au vice en allant à lencontre de la volonté de lissage et didéalisation mise en uvre par le photographe dans le portrait. La pose figée, cherchant à taire les vérités de lindividu, est contrebalancée par la rupture introduite par les outils, qui grattent le vernis social et offrent lidée dun homme dépouillé de ce qui le déguisait. Les dégradations qui expriment les douleurs et les machiavélismes qui règnent entres les êtres peuvent sembler purement sadiques mais mènent à un retournement significatif des codes et des convenances qui donne davantage dimportance à lhomme quil nen avait sous le masque de lidéalité. Conférant une nouvelle ampleur à lindividu et le rendant plus présent que jamais, ce qui pouvait passer pour de la cruauté se mue alors en amour respectueux et fasciné.