Raphaël Denis
"comme une incertitude" "Le Rêveur solitaire ou l'argument du bâton" "Partir en beauté" "Suffit d'y croire" "Jugé coupable" "Tu quoque, fili!" "Pas bouger" "Toutes ces années" "Une communion bien honteuse" "Pour l'excommunier" "Baver sur le sacre" "Deux pas en arrière" "Deus Padre" "Certains apprécieront" "L'Impardonnable" "Idée reçue en vigueur" "Madame la marquise" "Vieux de père en fils" "Si je mens..." "Du plomb dans la tête" "La possédée" "La Pincée" "L'écorché" "Un miroir comme on s'en passerait" "En vertu du Fiel" "Pieuvre aux dents d'émail" "L'impalpable envergure" "L'expression distinguée de mes sentiments" "Duo d'onglets"
LES BÂILLONS DE LA BIENSEANCE - Portraits d'une basse-cour.
Les photographies des Bâillons de la bienséance associent différentes techniques qui conduisent à l’obtention de tirages photographiques, sans toutefois utiliser un appareil photo. Ce travail sur le temps et les dogmes occidentaux témoigne de ma volonté de questionner l’histoire de la photographie. L’utilisation de négatifs en verre du début du XXe siècle s’est imposée comme le moyen de synthétiser acte pictural et image photographique. Mon action s’effectue à même le négatif, qui traverse différents états avant l’obtention de l’image définitive.

Mon choix s’est toujours porté sur les portraits, qui traduisent de manière fort éloquente la volonté de la photographie de rivaliser avec la peinture. Les modèles sont donc des bourgeois de toutes sortes, singeant les tableaux des musées dans les moments cruciaux de leur vie. Gravant mon empreinte au cœur de l’image proposée, je la rature et l’attaque, confrontant le modèle à des éléments qui évoquent cicatrices et passage du temps en cherchant à dénoncer l’hypocrisie du genre du Portrait.

Mes interventions sur l’image font ressortir l’individu et sa propension au vice en allant à l’encontre de la volonté de lissage et d’idéalisation mise en œuvre par le photographe dans le portrait. La pose figée, cherchant à taire les vérités de l’individu, est contrebalancée par la rupture introduite par les outils, qui grattent le vernis social et offrent l’idée d’un homme dépouillé de ce qui le déguisait. Les dégradations qui expriment les douleurs et les machiavélismes qui règnent entres les êtres peuvent sembler purement sadiques mais mènent à un retournement significatif des codes et des convenances qui donne davantage d’importance à l’homme qu’il n’en avait sous le masque de l’idéalité. Conférant une nouvelle ampleur à l’individu et le rendant plus présent que jamais, ce qui pouvait passer pour de la cruauté se mue alors en amour respectueux et fasciné.
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