«Gare au culte» est une série qui répond à l'ambition de dresser un inventaire des sociétés du spectacle avant l'ère industrielle à travers des symboles qui leur sont liés et dédiés. Ces symboles sont autant des architectures significatives d'une civilisation - pyramide, Colisée, tour de Babel -, que des objets de culte inhérents à telles et telles religions, - Graal, Christ en croix, tapis de prière, mur des Lamentations, dolmens. Dans un même temps je rapproche ces symboles de culte et de pouvoir avec des objets connotés où chacun verra la connotation qu'il lui plaira de voir : cages, grilles, fenêtres opaques, pièges à loup aux allures de couronne royale, cirque, réceptacle à ordures. Les tableaux sont peints en noir et blanc avec de nombreuses variations de gris comme pour ne pas distraire la réflexion du spectateur ou le séduire par la couleur. Sur chaque tableau j'accapare l'espace avec des locutions latines. Leur utilisation n'a rien dune démonstration d'érudition. Je rapproche leur emploi de ce que certains critiques dart actuels affirment de la peinture : universelle et morte. Les phrases que jemploie sont triées selon leur sécheresse, leur brutalité. Liées aux symboles qu'elles jouxtent elles leurs confèrent davantage de sens soit par l'écho quelles donnent et reçoivent soit par le décalage, ironique et cynique...
«Gare au culte» est un travail lié à celui de Guy Debord bien qu'il ne sintéresse qu'aux démocraties des sociétés modernes. Néanmoins c'est dans son giron que je m'emploie à démontrer que les sociétés antiques au même titre que les sociétés modernes ont bâti leur grandeur et leur pérennité sur le spectacle ; d'un côté les religions, les mythes, les idéologies, de l'autre le spectacle de la publicité, l'illusion de la liberté. Lune comme lautre ont rassemblé et uni les peuples... mais dans quel souci? -------------------------- Pour augmenter "gare au culte" j'ajoute une série de treize personnages aux visages d'albâtre, tous auréolés dun disque diaphane et incertain. Ces visages sont perdus, comme désillusionnés, visages blessés, visages baissés, inquiétude dardant quelque pénombre. Je les ai voulus comme des conséquences de vies bâties quelque part, ailleurs, là-bas loin de toute foi... Les tableaux sont peints en noir et blanc avec dinfinies variations de gris comme pour ne pas distraire la réflexion du spectateur ou le séduire avec de la couleur.